La francophonie (La Francophonie)

Bourg-Blanc, mars 2006

 

«L'amour du français qui unit les francophones à travers le monde ne résistera pas éternellement au désamour du français en France » (clame Hélène Carrère d'Encausse).

La langue française n'est pas une propriété interdite, exclusive. Elle s'adapte et évolue ailleurs. Les innovations débouchent sur une récolte foisonnante, très imagée, que nous cadeautent les partisans de la francophonie. Ces amoureux du français luttent pour sa défense, pour la diversité linguistique et culturelle, (contre l'uniformisation des esprits qui se profile derrière la mondialisation). Notre langue s'est dégradée de l'intérieur, elle s'est appauvrie par facilité, par snobisme et à cause de nos préjugés. Certains médias (media) et nombre de « jargonneurs » veulent s'identifier à la jeunesse. L'argot et autres déviations sont tendance. De tout temps les jeunes ont utilisé des codes mais ils faisaient la différence entre les termes trash, provocants, et le bon usage. (Collégiens)

De plus, nous préférons admettre et prôner que l'anglo-américain allie rapidité et modernité. La culture est rabaissée, infantilisée, les esprits paressent et régressent. Le langage en est la première victime. Pourtant, combien de Senghor(s), de Césaire(s), de Kundera(s) reconnaissent à travers la langue française, une compétence qui se reflète dans des activités de communication, (d'humanisme et d'universalisme). Qu'un pays s'exclue d'un système totalitaire, il se tourne vers la francophonie (Francophonie), internationale de la culture et de la solidarité de Hanoi à Beyrouth, de Québec à Ouagadougou. (Lycéens)

La Bretagne participa à des épreuves sportives à Niamey, avec les communautés qui ont le français en partage. Le champion d'Europe de gouren, un Breton, se fit bourrasser et retourner comme une crêpe de froment, par un colosse galant, aux dreadlocks entrelacées de perles. (Amateurs et élus)

Nos lutteurs, des menhirs équarris dans le granit (granite), n'étaient que des nains de jardin face à des maous (mahous) costauds taillés dans du bois d'ébénier. Bouh ! Quel fiasco, quatre à zéro en trente-trois secondes. Ils subirent quelques sifflets, au son des koras accordées par les griots, pour ambiancer. Depuis, les sportifs se sont lancés dans un combat sémantique. Ils supplient, sans haine aucune, que soit corrigée la phonétique erronée du mot « gouren » dans le dictionnaire où les akènes (achaines) du pissenlit sont semés à tout vent. Ils requièrent l'entrée dans les dicos d'un vocable universellement connu, de même origine que le goéland, le merl, les binious et les bijoux... (Confirmés)

À l'adieu d'un Breton au moment de bâsir, en pouçant sur le goudron ou en siclant (ciclant) dans le cométique, où qu'il dure et quels que soient les parlers, le tamazight, le norrois (norois), le rouchi ou le nissart, il lui est répondu, avec un sourire complice, ce mot magique réclamé à cor et à cri - entre kémalisme et kendo - au même titre que l'au revoir, que tchao (ciao) ou bye-bye : il s'agit de kenavo. (Finalistes)

Les locuteurs bretonnants, les précurseurs de la résistance contre l'oubli et la disparition de leur langue, ne sont-ils pas à donner en exemple aux Français dont l'idiome subira, peut-être, le même sort dans un futur déjà proche ?

 

Texte de Marie-France Colin
Dico d'or 1997
Championne de la dictée des Amériques 1998

 

Tests pour les ex æquo
Lycéens, amateurs et élus
Les villes : Moncton, Cotonou, Marrakech, Kourou.
Confirmés
Les pères fondateurs : Habib Bourguiba, Léopold Sédar Senghor, Hamani Diori.
Les secrétaires : Boutros Boutros-Ghali, Abdou Diouf.
Finalistes
Onésime Reclus, ce géographe qui inventa le mot « Francophonie ».
Les écrivains : Tahar Ben Jelloun, Andreï Makine, Hector Bianciotti, Gao Xingjian.